Par Pierre BAUBY, docteur de l’IEP de Paris, enseignant et chercheur en sciences politiques, animateur de réseaux français et européens sur les services publics.
Trump a réussi à fédérer au nom de « LA LIBERTE », de leurs libertés, d’une part la droite traditionaliste évangélique et anti-avortement, dont le discours de J.D. Vance à Munich a été le symbole, d’autre part les leaders de la high tech voulant s’affranchir de toutes contraintes réglementaires, plus largement les « libertariens » de toutes obédiences, sans oublier le lobby militaro-industriel aspirant à redéployer ses ambitions impériales de vassalisation.
Pourquoi les progressistes les ont-ils laissé confisquer l’étendard de la liberté que des générations de combattants avaient porté ?
Ces dernières années, Trump et ses alliés ont mené un intense travail d’élaboration et de rénovation prenant en compte deux mutations majeures de la dernière période :
- D’abord, la prise de conscience du déclin relatif des USA depuis qu’ils se sont crus hégémoniques après l’implosion de l’autre superpuissance en 1989 (la « fin de l’histoire »] ; la montée en puissance de la Chine, de l’Inde, du Brésil, des BRICS, du « Sud global » témoigne de la fin qui apparaît inéluctable de l’unilatéralisme.
- Ensuite l’échec du reaganisme-thatchérisme néo-libéralisme économique escomptant une réduction progressive de l’étatisme ; bien au contraire, s’est installé ce qu’ils appellent un « Etat profond » entravant les velléités du premier mandat de Trump.
Pour ces deux raisons majeures et pour consolider le recentrage MAGA, il leur est apparu qu’il fallait frapper rapidement de grands coups, tel un animal blessé rendu encore plus agressif. Le DOGE confié à Elon Musk et opérant en commando, en est l’illustration.
Mais on aurait tort de considérer qu’ils s’inscrivent dans la problématique traditionnelle néo-libérale du « moins d’Etat ».
Ce qu’ils veulent c’est un Etat très fort, surpuissant, pour imposer leurs projets et éliminer toutes les capacités de résistance dans l’appareil d’Etat, les gardes fous, les contre-pouvoirs, les droits sociaux et sociétaux, qui pouvaient caractériser la démocratie.
Ils ont intensément travaillé pour construire, puis légitimer, cette nouvelle stratégie. Il suffit d’évoquer l’effervescence autour de l’ « Heritage Foundation » et son « Project 2025 », Peter Thiel et son « apokalypsis », le « CATO Institute », les « Lumières sombres » de Nick Land, etc.
C’est une véritable contre-révolution qui est à l’œuvre, dont les ambitions sont universelles.
Il serait temps que les progressistes s’emploient non seulement à défendre les acquis antérieurs fruits du keynésianisme, mais, en même temps, s’attachent à construire de nouvelles réponses et surtout des stratégies d’alliances s’inscrivant dans une multi-polarisation fondée sur des relations de solidarités économiques, sociales, environnementales, de promotion des droits fondamentaux, démocratiques, pacifistes.
